Une vérité (enfin) rétablie
Hier, lesbiennes et homosexuels ont été associés aux cérémonies
C’était en 1994. Rue du Donjon, comme tous les ans, se déroule la cérémonie de la Journée nationale de souvenir des victimes et des héros de la Déportation. Ce dimanche-là, Benoît Leclerc et Jean-Christophe Gounier se font sévèrement rabrouer par les forces de l’ordre. Motif : les deux garçons souhaitent déposer une gerbe au nom des homosexuels morts dans les camps de concentration.
Anciens combattants, élus, fonctionnaires, représentants des cultes catholiques, protestants et juifs ne bronchent pas et laissent faire.
La jeunesse rouennaise
Hier, lors de la même cérémonie du souvenir des Déportés, le nouveau maire de Rouen n’a pas oublié de citer les homosexuels parmi les victimes du crime nazi. Une reconnaissance officielle vécue comme une victoire par les représentants de la communauté homosexuelle.
« C’est un progrès. La parole laïque ne nous a pas oubliés », se félicite Jean. « Je me souviens du temps où nos fleurs étaient piétinées.
C’était d’autant plus difficile à vivre que, dans ce type de cérémonie, il est difficile de manifester ! »
Pour Elodie, « c’est un grand pas qui vient d’être accompli. L’important, c’est de n’oublier personne : hommes, femmes, handicapés, tziganes… Il y a eu effectivement des contacts avec la nouvelle municipalité. Notamment Hélène Klein, adjointe chargée de la Lutte contre la discrimination. »
L’élue communiste confirme : « C’est vrai que les cérémonies laissaient faire sans rien dire de cette barbarie. Nous avons souhaité une nouvelle formule. En y associant la jeunesse rouennaise. »
Seule ombre au tableau, aucun des représentants religieux n’a prononcé le mot « homosexuel ». Comme l’avoue Georges Bastien, porte parole des catholiques. « C’est vrai que le mot a été exprimé pour la première fois officiellement. Quant à moi, si je ne l’ai pas fait, c’est que je n’y ai pas pensé. »
Le geste de la nouvelle municipalité commence à porter ses fruits.
Lundi le 28 avril 2008
Article paru dans Paris-Normandie le 28 avril 2008